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La poule soie : trois particularités et une ponte introuvable
Plumage sans crochets, peau noire, cinq doigts : des singularités génétiques bien établies, et des chiffres de ponte qui ne le sont pas.
Publié le 7 min de lecture

La soie est la poule que l’on remarque avant toutes les autres, et celle que l’on achète le plus souvent sans savoir ce qu’elle implique. Ses trois singularités, le plumage duveteux, la peau noire et les cinq doigts, sont parfaitement documentées, y compris au niveau du gène. Sa ponte, elle, ne l’est pas du tout.
L'essentiel
- Race d’ornement et couveuse : la ponte est faible, et interrompue par les couvaisons.
- Son plumage n’a pas de crochets, donc il n’est pas imperméable : l’abri doit rester sec.
- Peau, os et périoste noirs par fibromélanose, sans effet connu sur sa santé.
- Le standard français la reconnaît en grande race et en naine, barbue ou non.
- Aucun standard ne chiffre sa ponte annuelle et les valeurs en circulation varient du simple au double.
Trois particularités qui ne sont pas des fantaisies d’éleveur
Le plumage vient d’une mutation récessive identifiée en 2014 par Feng, Gao, Dorshorst et leurs collègues dans PLoS Genetics : une transversion située 103 paires de bases en amont du gène PDSS2, qui en réduit l’expression pendant la formation de la plume. Chez une poule ordinaire, les barbules portent de minuscules crochets qui accrochent les barbes entre elles et referment le vexille en une surface lisse. Chez la soie, ces crochets sont absents. Les auteurs relèvent les deux conséquences fonctionnelles directes : la perte du vol et une isolation thermique dégradée.
La peau noire relève de la fibromélanose, décrite en décembre 2011 par Dorshorst et ses collègues, toujours dans PLoS Genetics. La mutation causale est un réarrangement complexe du chromosome 20, une duplication inversée qui rapproche deux régions normalement distantes de plus de 400 kilobases, dont l’une contient le gène EDN3, connu pour favoriser la prolifération des mélanoblastes. La pigmentation touche la peau, les membranes et le périoste. Ce n’est ni une maladie ni un défaut.
Les cinq doigts viennent de la polydactylie préaxiale, rattachée par Dunn et ses collègues en 2011 à une variation de la séquence ZRS, l’élément régulateur qui commande l’expression du gène Shh dans le bourgeon de membre. Le caractère est dominant. Le standard français en fait un point de jugement : les quatrième et cinquième doigts doivent être bien séparés à l’implantation, le cinquième légèrement dirigé vers le haut.
D’où elle vient
L’origine est chinoise et ancienne. Le témoignage le plus souvent cité est celui de Marco Polo, à la fin du XIIIe siècle, décrivant au Fujian des poules couvertes de poil plutôt que de plumes. La race gagne l’Amérique du Nord au XIXe siècle et entre au Standard of Perfection américain en 1874.
En France, la liste des races et variétés reconnues éditée par la Fédération française des volailles la classe sous deux entrées, la poule soie et la poule soie barbue, avec treize coloris homologués en grande race et neuf en naine, auxquels s’ajoute la poule soie siamoise, en blanc seulement.
Ce que dit le standard français
| Poste | Grande race | Naine |
|---|---|---|
| Masse du coq | 1,4 kg au minimum | 600 g |
| Masse de la poule | 1,1 kg au minimum | 500 g |
| Œuf à couver | 40 g au minimum, coquille crème à brun clair | Idem |
| Bague, coq et poule | 18 mm et 16 mm | Selon le club |
Le reste du standard décrit une volaille courte et large, à tarses emplumés, à face, crête et barbillons bleu-noir et à oreillons turquoise. La huppe doit rester modérée et ne pas masquer les yeux : c’est une exigence à vérifier sur l’animal avant l’achat, puisque le guide officiel suisse de détention recommande de renoncer aux formes d’élevage dont la huppe limite la vision. Les défauts graves retenus par le club sont un plumage insuffisamment soyeux, des faucilles trop marquées et des doigts mal conformés.
Ponte : ce que l’on peut écrire et ce que l’on ne peut pas
Le standard français fixe la masse minimale de l’œuf à couver et la couleur de la coquille. Il ne dit rien du nombre d’œufs par an, et c’est le cas de tous les standards officiels, comme l’explique la fiche choisir sa race de poule.
Sur la soie, l’écart entre les sources est particulièrement large : la notice francophone de référence annonce 100 à 200 œufs, les guides d’élevage anglophones 100 à 120, 100 à 150 ou 110 à 155 selon les pages. Aucune ne cite de comptage, de cheptel ni de durée d’observation. Retenir un chiffre plutôt qu’un autre reviendrait à trancher au hasard.
Ce que l’on peut dire sans se tromper tient en deux points. Les œufs sont petits, la masse minimale à couver étant fixée à 40 g quand celle de la Marans est de 65 g. Et la ponte est coupée par les couvaisons, qui sont fréquentes et longues : une poule qui couve ne pond pas.
Ne la prenez pas pour les œufs
Si l’objectif est le panier du petit-déjeuner, la soie est un mauvais choix, et l’ajouter à un groupe de bonnes pondeuses est la seule façon raisonnable de l’avoir. Sa qualité recherchée est exactement l’inverse : c’est une couveuse et une mère tenace, régulièrement employée pour élever les poussins d’autres volailles.
Caractère et place dans le groupe
La docilité est la deuxième raison pour laquelle on la choisit. Elle supporte la manipulation et la présence rapprochée, ce qui en fait une poule de jardin avec des enfants.
Le revers est mécanique. Puisqu’elle ne vole pas, un grillage bas suffit à la contenir, mais elle se perche mal, se réfugie mal en hauteur et se défend mal : elle est plus exposée aux prédateurs que les autres. L’enclos doit donc compenser ce qu’elle ne sait pas faire, avec un maillage fin et une clôture enterrée en bordure. Dans le groupe, elle n’a ni le gabarit ni le tempérament pour peser dans la hiérarchie : introduire une soie seule au milieu de poules lourdes déjà installées est la manière la plus sûre de la faire malmener.
Rusticité : l’humidité avant le froid
Le guide officiel suisse est net sur le principe général : il n’est pas nécessaire de chauffer ni d’isoler un poulailler, mais une litière souillée et humide provoque des ulcères des coussinets plantaires, douloureux et porte d’entrée à l’infection. Ce qui vaut pour toutes les poules devient déterminant pour la soie, dont le plumage retient l’eau au lieu de la laisser glisser.
Trois conséquences pratiques : un abri réellement couvert et ventilé sous le toit, une litière renouvelée en priorité sous les perchoirs, et un enclos qui ne tourne pas au bourbier en février. Les tarses emplumés demandent la même vigilance qu’un sol sec, car la boue qui s’y colle sèche en manchon.
À qui elle convient
À qui veut un animal d’ornement docile, accepte une production d’œufs anecdotique et dispose d’un terrain qui reste praticable en hiver. Elle ne convient pas à qui cherche des œufs, ni à un enclos d’argile mal drainé.
Avant l’achat, deux points méritent d’être réglés : le choix du vendeur et l’examen de l’animal, puisque la huppe, les doigts et la qualité du plumage se vérifient sur place, et le reste des fiches de race pour lui trouver des compagnes de gabarit compatible.
Sources
- Poule Soie Club de France, Le standard de la poule soie : masses de la grande race et de la naine, masse minimale de l’œuf à couver, couleur de coquille, diamètres de bagues, cinq doigts, huppe, oreillons, défauts graves. poulesoieclubdefrance.fr (consulté le 24 septembre 2026).
- Fédération française des volailles, Liste des races et variétés de volailles reconnues en France, janvier 2024 : poule soie et poule soie barbue, treize coloris en grande race et neuf en naine, poule soie siamoise. ffv-volaille.fr (consulté le 24 septembre 2026).
- Feng C., Gao Y., Dorshorst B. et al., « A cis-Regulatory Mutation of PDSS2 Causes Silky-Feather in Chickens », PLoS Genetics, 28 août 2014 : mutation récessive en amont de PDSS2, absence de crochets sur les barbules, perte du vol. journals.plos.org (consulté le 24 septembre 2026).
- Dorshorst B. et al., « A Complex Genomic Rearrangement Involving the Endothelin 3 Locus Causes Dermal Hyperpigmentation in the Chicken », PLoS Genetics, 22 décembre 2011 : duplication inversée du chromosome 20, gène EDN3, fibromélanose. journals.plos.org (consulté le 24 septembre 2026).
- Dunn I. C. et al., « The chicken polydactyly (Po) locus causes allelic imbalance and ectopic expression of Shh during limb development », Developmental Dynamics, 2011 : polydactylie préaxiale, séquence régulatrice ZRS, gène Shh. anatomypubs.onlinelibrary.wiley.com (consulté le 24 septembre 2026).
- Poule Soie, Wikipédia en français : témoignage de Marco Polo, admission au Standard of Perfection en 1874, fourchette de 100 à 200 œufs par an donnée sans référence. fr.wikipedia.org (consulté le 24 septembre 2026).
- Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV) et Protection suisse des animaux, Détenir correctement les poules, mars 2023 : formes d’élevage à huppe limitant la vision, absence de chauffage, litière humide et coussinets plantaires, maillage et clôture enterrée. mespoulesjenprendssoin.ch (consulté le 24 septembre 2026).
Questions fréquentes
- Combien d'œufs pond une poule soie par an ?
- Personne ne le sait avec précision. Le standard français fixe une masse minimale de 40 g pour l'œuf à couver, mais aucun nombre annuel. Les fiches en ligne avancent des valeurs allant d'une centaine à deux cents œufs, sans jamais citer de mesure.
- Pourquoi sa peau et ses os sont-ils noirs ?
- Par fibromélanose, une hyperpigmentation du derme causée par un réarrangement du génome qui duplique la région du gène EDN3, décrit en 2011 dans PLoS Genetics. C'est une particularité de pigmentation, sans conséquence connue sur la santé de l'animal.
- La poule soie peut-elle vivre dehors toute l'année ?
- Oui, si son abri reste vraiment sec. Ses plumes n'ont pas les crochets qui referment le vexille chez les autres poules : l'eau ne ruisselle pas. C'est l'humidité, pas le froid sec, qui la met en difficulté.
- Pourquoi a-t-elle cinq doigts ?
- Par polydactylie préaxiale, un caractère dominant lié à une mutation de la séquence régulatrice ZRS qui commande l'expression du gène Shh pendant la formation du membre. Le standard français exige que les quatrième et cinquième doigts soient bien séparés.
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