Aller au contenu

Comprendre · Les races

La poule araucana : œufs bleus, sans queue, souvent confondue

Sans croupion, huppes auriculaires, coquille bleue : le standard français est précis. Ce qui se vend sous ce nom l'est beaucoup moins.

Publié le 7 min de lecture

Poule au plumage gris bleuté finement liseré, cou dressé devant un feuillage vert

L’araucana est la seule poule dont la coquille bleue soit inscrite dans un standard, et celle dont le nom est le plus détourné dans le commerce français. Deux gènes la définissent, et tous deux se paient à l’éclosion.

D’où elle vient

La race vient du Chili, des volailles élevées par les Mapuche dans la région de l’Araucanie. La date de sa révélation au monde avicole n’est pas stable : la notice francophone de référence parle d’une découverte en 1880, l’anglophone d’une visite de l’aviculteur espagnol Salvador Castelló en 1914, qui aurait baptisé ces oiseaux « Gallina Araucana ». Aucun des deux récits n’est adossé à un document primaire consultable.

La génétique tranche sur l’essentiel. L’étude publiée dans PLOS ONE en 2013 a comparé l’insertion responsable de la coquille bleue chez les poules mapuche et chez les races européennes, dont l’araucana française : le site d’intégration sur le chromosome 1 et la séquence de 4 243 paires de bases sont identiques. La poule bleue du jardin français descend bien de la poule bleue du Chili.

Les standardisations sont plus tardives et divergentes. L’Amérique du Nord a séparé deux races, l’araucana sans queue et à huppes, admise en 1976, puis l’améraucana à queue et à favoris, admise en 1984. La Grande-Bretagne accepte les sujets avec et sans queue. La France a suivi le type d’origine.

Ce que dit le standard

Poste Valeur retenue en France
Masse du coq 2 à 2,5 kg
Masse de la poule 1,6 à 2 kg
Œuf à couver 50 g au minimum
Bague, coq 18 mm
Bague, poule 16 mm
Naine, masses 850 g le coq, 750 g la poule
Crête À pois, rouge, de forme régulière
Huppes auriculaires Exigées en exposition, de même taille et même direction
Queue Absente

Le standard décrit « une poule et un coq sans queue, de taille à peine moyenne, avec une crête à pois ». Les huppes auriculaires sont des touffes de plumes implantées sur un repli de peau proche du conduit auditif. Figurent parmi les défauts graves la barbe, les favoris, une queue complète et des tarses bleus ou blancs. La liste officielle homologue douze coloris en grande race et dix en naine.

Araucana, améraucana, easter egger : ce qui se vend sous ce nom

C’est le vrai piège de cette race, et il ne vient pas des éleveurs sérieux.

L’améraucana est une race distincte, avec sa queue, ses favoris et sa barbe. Elle figure à la liste officielle française avec neuf coloris en grande race et huit en naine, pour un gabarit nettement plus lourd : 3 à 3,5 kg pour le coq, 2 à 2,5 kg pour la poule, œuf à couver de 60 g. Confondre les deux, c’est se tromper d’un kilo et demi sur l’animal.

L’easter egger n’est une race nulle part. L’association américaine qui gère la race améraucana le définit comme « un oiseau de croisement qui possède le gène de l’œuf bleu », et rien d’autre. Sa mise en garde vaut mot pour mot pour le marché français : devant des poussins vendus comme « araucana » ou « americana », le plus probable est que ce soient des easter eggers.

Ponte et aptitudes

Comme pour toutes les races, le standard ne comporte aucun nombre d’œufs par an, ce qu’explique la fiche choisir sa race de poule. Il fixe en revanche la masse minimale de l’œuf à couver, 50 g, ce qui situe l’araucana parmi les races à petit œuf : la marans exige 65 g, l’améraucana 60 g.

La valeur d’environ 250 œufs bleus ou verts par an que l’on rencontre en anglais illustre bien le problème : elle est donnée avec des masses de 2,2 à 2,7 kg pour la poule, quand le standard français retient 1,6 à 2 kg. Ces deux chiffres ne décrivent pas le même oiseau, et aucun document français ne publie de valeur.

Ce qui est acquis tient à la coquille. Le caractère oocyan est autosomique et dominant : une copie suffit pour que la poule ponde bleu, ce qui explique la diffusion rapide du gène dans les croisements du commerce.

Caractère et vie de groupe

Le standard français décrit une morphologie et des défauts, pas un tempérament, et l’Araucana club de France ne publie pas de description de caractère. Les portraits enthousiastes que l’on lit ailleurs ne reposent sur aucune source identifiable : aucun n’est repris ici.

Un seul effet du physique sur la vie du groupe est documenté, et il concerne la reproduction. L’absence de croupion gêne l’accouplement : le club indique que le coq peine à se maintenir en position et que les plumes molles entravent le passage de la semence, au point qu’il conseille de les couper. Pour qui veut des œufs bleus, l’araucana se garde comme n’importe quelle poule ; pour qui veut la reproduire, c’est une race d’éleveur averti.

Rusticité et points faibles

Les deux caractères qui font la race sont portés par des gènes qui tuent des embryons. Ce n’est pas une opinion d’éleveur, c’est le sujet d’une publication du Journal of Heredity de 1981 consacrée précisément à cette question.

Le gène des huppes auriculaires, noté Et, est autosomique dominant à pénétrance réduite. À l’état homozygote, les embryons meurent entre le 17e et le 19e jour d’incubation. Les hétérozygotes eux-mêmes subissent une mortalité embryonnaire élevée, en moyenne 41,6 % dans cette étude, et une surmortalité après éclosion. Une cartographie publiée en 2012 situe le caractère dans une région contenant le gène TBX1, régulateur du développement embryonnaire. Le gène Rp de l’absence de croupion ajoute sa part : le club estime à environ 5 % la mortalité dans l’œuf entre le 17e et le 21e jour qui lui est imputable.

Pour le détenteur de trois poules, la traduction est double. Ces pertes se produisent à l’incubation, pas chez l’animal adulte, qui vit normalement. Et elles expliquent la rareté des sujets conformes, donc l’abondance des substituts vendus sous le même nom.

À qui elle convient

À qui veut une coquille bleue garantie par un standard et accepte d’aller la chercher chez un éleveur de race, avec les vérifications détaillées dans la fiche où acheter ses poules. Elle ne convient ni à un achat en jardinerie, où le nom ne garantit rien, ni à qui espère faire éclore des poussins sans se documenter. Les autres profils sont comparés dans la rubrique races de poules.

Sources

  • Araucana club de France, Standard des poules Araucana en France : poule et coq sans queue, crête à pois rouge de forme régulière, huppes auriculaires exigées en exposition et de même grandeur, asymétrie pénalisée et absence éliminatoire, défauts graves, coloris reconnus. araucana-clubdefrance.fr (consulté le 24 septembre 2026).
  • Araucana club de France, Absence de queue, gène Rp : caractère dominant autosomique, vertèbres caudales soudées, difficultés d’accouplement, mortalité d’environ 5 % du 17e au 21e jour. araucana-clubdefrance.fr (consulté le 24 septembre 2026).
  • Fédération française des volailles, Diamètres des bagues, 9 février 2019 : masses, bagues et masses d’œuf de l’araucana et de l’améraucana. ffv-volaille.fr (consulté le 24 septembre 2026).
  • Fédération française des volailles, Liste des races et variétés reconnues en France, janvier 2024 : douze coloris d’araucana en grande race et dix en naine, neuf et huit pour l’améraucana. ffv-volaille.fr (consulté le 24 septembre 2026).
  • Wragg D. et al., « Endogenous Retrovirus EAV-HP Linked to Blue Egg Phenotype in Mapuche Fowl », PLOS ONE, 2013 : oocyan autosomique dominant, insertion identique sur 4 243 paires de bases chez les volailles chiliennes et européennes, araucana française incluse. journals.plos.org (consulté le 24 septembre 2026).
  • Somes R. G., « Ear tuftedness : a lethal condition in the Araucana fowl », Journal of Heredity, 1981, 72 (2) : gène Et dominant, mort des homozygotes du 17e au 19e jour, 41,6 % de mortalité embryonnaire chez les hétérozygotes. pubmed.ncbi.nlm.nih.gov (consulté le 24 septembre 2026).
  • « Genome-Wide Association Mapping […] of the Araucana Chicken », PLOS ONE, 2012 : région associée aux huppes auriculaires contenant le gène TBX1. journals.plos.org (consulté le 24 septembre 2026).
  • Ameraucana Alliance, Ameraucana Chickens : distinction entre les trois types, admissions de 1976 et 1984, mise en garde sur les poussins vendus sous ces noms. ameraucana.org (consulté le 24 septembre 2026).
  • Araucana, Wikipédia en français : découverte en 1880 chez les Mapuche, faible taux d’éclosion. fr.wikipedia.org (consulté le 24 septembre 2026).
  • Araucana, Wikipédia en anglais : Salvador Castelló en 1914, standard britannique acceptant les deux types, environ 250 œufs et masses de 2,2 à 2,7 kg. en.wikipedia.org (consulté le 24 septembre 2026).

Questions fréquentes

L'araucana a-t-elle vraiment une queue ?
Non. Le standard français décrit une poule et un coq sans queue. L'Araucana club de France explique que le gène Rp, dominant et autosomique, soude les vertèbres caudales et supprime le croupion, donc les rectrices. Une queue complète est un défaut grave.
Pourquoi une couvée d'araucana éclôt-elle mal ?
À cause des deux caractères qui font la race. Le gène des huppes auriculaires tue l'embryon à l'état homozygote entre le 17e et le 19e jour d'incubation, et les porteurs hétérozygotes eux-mêmes ont subi 41,6 % de mortalité embryonnaire dans l'étude de référence.
Araucana, améraucana, easter egger : quelle différence ?
L'araucana est sans queue et porte des huppes auriculaires. L'améraucana a une queue et des favoris, et constitue une race distincte, également reconnue en France. L'« easter egger » n'est une race nulle part : c'est un oiseau croisé qui porte le gène de l'œuf bleu, sans plus.
Combien d'œufs bleus pond une araucana par an ?
Aucun standard ne le dit. La valeur d'environ 250 œufs que l'on lit en anglais décrit un oiseau britannique ou américain plus lourd que l'araucana du standard français : elle n'est pas transposable, et elle n'est adossée à aucune mesure publiée.

À lire ensuite